Les Troubles de la Communication et le Tempérament
par le Dr. Lisa Scott, Université de Floride

Les professionnels sont de plus en plus intéressés par la façon dont le tempérament de l'enfant influe sur les divers troubles de la communication. Un des principaux chercheurs mondiaux sur le tempérament, le Dr. Jérome Kagan, un professeur de Psychologie de l'Université de Harvard, a tenu un fascinant colloque de deux heures, intitulé "La nature du tempérament humain" à la dernière convention de l'ASHA.(American Speech-Language-Hearing Association)
Le Dr. Kagan a commencé sa présentation par expliquer d'abord la différence entre le tempérament, la personnalité et l'humeur. Le tempérament est la contribution biologique de l'enfant à son profil émotionnel, cognitif, et moteur. En d'autres termes, c'est la réactivité émotionnelleavec laquelle naît l'enfant, basé sur sa constitution biologique. La personnalité, d'autre part, est la façon dont l'enfant est construit par les influences de son environnement. Par exemple, les enfants qui sont nés avecdes personnalités plus inhibées deviennent moins probablement des adultes anxieux, introvertis s'ils sont élevés dans un environnement de classe moyenne que ceux qui sont élevés en milieu plus modeste.
En fait, le Dr. Kagan a souligné que, bien que le tempérament soit un trait biologique hérité, on a découvert que l'environnement de l'enfant a plus ou moins une influence sur la façon dont l'enfant se développe, plus que ne le fait le tempérament de naissance. Il a mis en garde contre la focalisation sur la génétique comme seule explication au comportement humain. Le troisième facteur, l'humeur, est l'état émotionnel chronique de l'enfant tel que la joie, l'inquiétude, le sérieux, et est grandement influencé par le tempérament de l'enfant.
Des preuves tirées d'études sur des jumeaux révèlent que la probabilité qu'un individu hérite d'un tempérament particulier est de 50%, mais le tempérament n'est pas la seule explication pour nos vies émotionnelles. Votre tempérament vous poussera peut-être à répondre de certaines façons, mais vos émotions et vos réactions sont lourdement influencés par l'environnement autour de vous.
Les profils de tempérament sont distincts d'une personne à une autre, plutôt que de se trouver sur une continuité, et peuvent être identifiés chez les enfants dès l'âge de cinq mois. De même, certains désordres développementaux, tels les troubles de la concentration, ont leurs propres profils de tempérament.
Dr. Kagan et ses collègues ont beacoup étudié deux groupes d'enfants, ceux qui montrent des tempéraments soit faiblement réactionnels, soit hautement réactionnels. Les enfants hautement réactionnels sont ceux qu'ont décrit généralement comme inhibés ou timides.Ils montrent une haute réaction en étant extrêmement sensible à tout ce qui est nouveau, les gens, les locaux, la nourriture, les expériences, et répondent à des nouveaux stimuli par une tension moteur. Une fois que ces enfants ont "compris" le nouveau stimulus, cependant, le plus souvent ils se détendent ensuite.Il est intéressant de noter que, lorsque les enfants hautement réactionnels de 11 à 15 ans ont complété les questionnaires de personnalité, ils se décrivent eux-mêmes comme anxieux, plus sérieux et moins enclin à sourire ou rire que leurs camarades. Ces auto-rapports ont été confirmés par les observations des chercheurs qui ont interrogé les enfants.
Par opposition, les enfants faiblement réactionnels, ou sans complexes, sont plus sociaux, exubérants, et plus enclins à exprimer des émotions positives. Comparé aux enfants hautement réactionnels de 11-15 ans, les faiblement-réactionnels de ce groupe d'âge se décrivent comme gais, d'un caractère coulant, et moins sérieux que leurs camarades du même âge.
Le Dr. Kagan a continué en décrivant les résultats d'un certain nombre d'études cherchant si des différences entre les groupes dans les fonctions du cerveau, battements du coeur, ou autre mesures physiologiques. Il a souligné le rôle de l'amygdale [cérébelleuse ? NdT], une structure du cerveau responsable de l'informationsensorielle et qui agit comme un “service d'incendie” pour envoyer la communication à environ 80% du cerveau.
L'hypothèse de Kagan et de ses collègues est que les enfants hautement-réactionnels héritent d'une neurochimie qui enflamme rapidement l'amygdale, ce qui crée des tensions dans leurs corps. Il a également fait part de son hypothèse sur le fait que les tempéraments hautement réactionnels peuvent êtreremarqués plus souvent chez les enfants qui bégaient, chez les enfants qui montrent un mutisme sélectif, et les enfants qui ne font pas autant de progrès dans les relations thérapeutiques.
Le Dr. Kagan a conclu ce séminaire en énonçant que notre compréhension actuelle du tempérament est équivalent à celle du diabète en 1750 ; en d'autres termes, nous avons beaucoup à apprendre sur cet important facteur développemental et son rôle dans la façon dont les enfants sedéveloppent et interagissent avec leurs environnements.
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