30 octobre 2009

JMB 2009 : Des réponses à vos questions - 5e partie

Je crois que je vais faire comme mon collègue bloggeur de Parole de Bègue, et ralentir un peu le rythme.
D'ailleurs aujourd'hui, je publie comme lui cette réponse du Dr Monfrais-Pfauwadel à la question -qui n'en est pas une- d'une personne ayant connu l'échec chez les orthophonistes, et ayant trouvé chaussure à son pied dans un stage non-professionnel.
A titre personnel, j'ajouterais que j'ai moi-même longtemps ressenti cette rancoeur envers les professionnels. J'invite tous ceux qui l'éprouvent à faire la part des choses, et à vérifier leurs dires.

Question :
Bonjour,
Le bégaiement est une maladie orpheline !
Bègue, j’ai fait 7 ans d’orthophonie (De 12 à 19 ans) avec M. [thérapeute] « sans résultats », puis j’ai fait 1 an d’orthophonie avec [thérapeute] : Sans amélioration.
(L’association a été rebaptisée par la suite , « XXX », vu qu’avec [thérapeute] , je n’ai retrouvé ni la parole , ni entrevue la liberté de parler avec plus d’aisance.)
En 1995 j’ai fait un stage de 4 jours avec Ivan Impoco (Pourtant très attaqué par les orthophonistes – les orthophonistes lui ont fait un procès qu’il a gagné), Stage qui a donné de très bons résultats - dans mon cas – je n’en ai aucun doutes.
Depuis ce jour je peux dire que ma vie a changée – je communique avec beaucoup de facilité, j’ai occupé des postes très axés sur la communication verbale et je suis reconnu pour ma facilité à communiquer .
Ma fille de 7 ans présente des problèmes de bégaiement marqués, elle voit une orthophoniste : « Sans résultats », et je crains pour elle, qu’elle ne subisse ce que j’ai moi-même vécu, à savoir des orthophonistes qui sont plus enclins à gérer leur corporation, qu’à s’intéresser scientifiquement à d’autres thérapies.
- Souvent, leurs traitements n’apportent pas d’amélioration à leurs patients, bien qu’ils revendiquent le contraire – avec des théories fausses dans la réalité des faits
Je n’ai encore jamais vu, d’études scientifiques et statistiques, qui mesurent les améliorations de différentes approches thérapeutiques - ce qui pourrait être une base pour le choix de thérapies et recommandations aux patients qui sont demandeurs de conseils désintéréssés.
Comme mon seul objectif est d’aider ma fille à communiquer comme elle l’entend, je suis très dubitatif, quant à l’apport des orthophonistes et autres professions médicales connexes, dans le traitement des troubles de la parole.
Pour moi , le bégaiement est une maladie orpheline.

Réponse :
Je ne puis répondre sur ce que vous dites des personnes.

Votre définition du bégaiement en tant que «maladie orpheline» m’interpelle. Si on considère que la définition d'une maladie orpheline est qu’une maladie est dite rare (ou orpheline) si son incidence est telle qu'elle touche une population trop restreinte pour que le développement et la commercialisation de son traitement dégagent des bénéfices »…vous avez totalement raison.
Et ce sont bien les enjeux financiers (ou le peu d’enjeux financiers) qui font que pour les thérapeutes ou les labos le bégaiement n’est pas « intéressant ». Du coup les thérapeutes que vous rencontrez sont vraiment dévoués, quoique vous en pensiez.
La rétribution à l’acte des rééducations fait que c’est un travail long, parfois ingrat, peu payé en retour. La rétribution au temps existe dans certains pays (Suisse), mais cela à d’autres effets pervers. On pourrait penser à un forfait de rééducation comme il y a un forfait thermal..

La mise sur le marché de médicaments, s’ils sont efficaces, changera la donne. On ne comptera plus en dizaines d’euros, mais en millions d’euros.
Car là se pose une autre question très intéressante que vous soulevez : celle de la mesure de l’efficacité des traitements du bégaiement.
C’est là qu’il faut avoir de la méthode et de la rigueur, et bien réfléchir avant de se lancer. Que cherche t on à mesurer ? Une diminution voire une disparition des bégayages (comme Onslow), une disparition des attitudes réactionnelles handicapantes, une amélioration de la qualité de vie, comme dans les cancers (mais c’est une notion reprise par Yaruss) ?
L’évaluation ne peut être que multiaxiale. Elle doit être faite et refaite dans des conditions identiques autant que faire se peut.

Comparer les thérapies de réeducation relève de l’impossible du fait même des différences de théories sous-tendant ces thérapies, et des critères d’inclusion.

Je pense qu’on est, dans l’évaluation des thérapies réhabilitatives, purement dans le domaine dit du « protocole compassionnel « (et ce n’est pas propre à la rééducation du bégaiement), puisqu’il n’y a pas d’essai en double aveugle possible, si ce n’est à mettre le groupe témoin dans une situation possible de perte de chance.

28 octobre 2009

JMB 2009 : Des réponses à vos questions - 4e partie

Quatrième partie, deux réponses du Dr Monfrais-Pfauwadel sur deux sujets : Un orthophoniste qui fait probablement une mauvaise analyse, et un "mal-entendu" qui fait apparemment suite à l'intervention du Dr dans l'émission de France Inter La Tête au Carré du 15 octobre, à propos du Zyprexa.

Question : Lorsque j'avais 2X ans j'ai vu un orthophoniste et il m'a dit que je ne suis pas un bègue !! Que dois je faire ?
 
Réponse : ne pas le croire, il n'y connaît rien ! On ne fait pas ce genre de démarche si on n'a pas un vrai bégaiement.
Le problème du diagnostic ou de l'évaluation du bégaiement, surtout chez l'adulte, c'est qu'une personne bègue peut vous parler de façon fluente en évitant tous les mots sur lesquels elle sait quelle va bégayer...vous le savez bien. Mais c'est dommage pour vous, et dommage pour l'orthophonie ce qui sest passé là.

Question : Madame, vous avez mentionné le Xyprexa comme médicament contre le béguètent. N'est-ce pas dangereux vu que la notice de ce médicament mentionne de redoutables effets secondaires (tremblements de la mâchoire, la langue qui râpe le palais jusqu'au goût de sang (en fait la lymphe)...et si on parlait de désinhibition ? Les médecins prennent ça à la légère car ils ne consomment pas ce qu'ils prescrivent ; et puis il ne risquent rien car comment prouver un lien de cause à effet ?). Ce médicament désinhibe le bègue, qui comme vous l'avez souligné peut aussi avoir d'autres problèmes. La désinhibition par le xyprexa peut effectivement supprimer le béguèment , puisque le bègue désinhibé passe plus facilement à l'acte de suicide (La littérature existe sur ce sujet tabou; tabou car le Xyprexa est produit par une société française cotée en bourse? !).
En espérant que vos conférences pour la JMB ne sont pas sponsorisées par les sociétés pharmaceutiques, je vous pose la question : Pourquoi mettre les bègues en danger avec le Xyprexa ?
J'attends une réponse de votre part (sur ce blog par exemple) pour ne pas risquer de vous classer avec les charlatans que vous fustigez. D'avance merci
Signé: votre auditeur d'une radio nationale


Monsieur :
Avez vous bien écouté ? J’ai mentionné le Zyprexa qui est un neuroleptique en disant qu’il n’était pas autorisé (cette autorisation s’appelle AMM ou Autorisation de Mise sur le Marché) en France dans le traitement du bégaiement.
Il a été utilisé aux USA par le Dr Gerald Maguire sur lui-même, à des doses un dixième de ce qui est prescrit en psychiatrie. (Le Dr Maguire est psychiatre et bègue – et vice-doyen d’une fac de médecine). J’ai parlé aussi de l’Abilify, qui connaît les mêmes restrictions.
Tous les médicaments ont des effets désirables, et d’autres moins désirables – et qui peuvent varier de façon plus ou moins prédictible d’une personne à l’autre.

La pharmacologie et la thérapeutique sont enseignées en dernière année de médecine. On y apprend à connaître et prescrire les médicaments et à évaluer leurs effets. Les médicaments de la famille des nouveaux neuroleptiques ne se prescrivent pas comme du sirop contre la toux. Ils requièrent un suivi et une réactivité de la part du prescripteur. Ce ne sont pas des médicaments que l’on prescrit à quelqu’un qui part pour six mois. Il faut un réajustement fréquent. Une ordonnance n’est pas un chiffon de papier, c’est la mise en œuvre d’une réflexion clinique.

Tout médecin est passible de sanctions pénales s’il se trompe ou encore plus s’il commet sciemment un écart…

Le risque suicidaire dont vous parlez n’est pas plus élevé pour les personnes bègues que pour les personnes schizophrènes ou les personnes psychotiques.
La garantie est justement d’aller voir un médecin…et de ne rien acheter sur Internet.

Je ne suis sponsorisée par personne. Je réponds gracieusement (j’adore ce terme) à vos questions, sur mon temps de repos ou de loisir !!!!!!!!!!!!!!!!


26 octobre 2009

JMB 2009 : Des réponses à vos questions - 3e partie

L'audience atteint des records pour mon p'tit blog...
On continue aujourd'hui avec les réponses à vos questions : Que faire quand l'enfant ne s'implique pas la thérapie, et la peur de bégayer.


Question : Que faire lorsque l'enfant ne se sent pas impliqué dans sa rééducation ?

Nous avons de l'avenir de l'enfant et de ce que nous aimerions lui éviter une vision que l'enfant ne peut avoir. Il est dans son «principe de plaisir» et nous, parents et thérapeutes, dans notre «principe de réalité». C'est pour cela que l'on peut refuser une vaccination, ou en avoir peur, alors qu'une petite piqûre va nous éviter une grande maladie, voire un handicap à vie (poliomyélite) ou une mort rapide (tétanos, méningite). C'est du ressort de l'art et du métier du thérapeute que de rendre les séances ludiques et attractives ; c'est du ressort des parents que de faire en sorte que les horaires des séances ou leur organisation ne se substituent pas aux activités préférées des enfants.

Parfois il faut même savoir suspendre quelque temps, attendre que la motivation vienne ou revienne ; une autre solution consiste à travailler par «contrats» d'une série limitée de séances en se mettant des buts à court ou moyen terme, bien ciblés, la gratification vient plus vite et remotive pour la suite.
C'est un sujet délicat où il faut savoir écouter le désir de l'enfant, l'inquiétude du parent et composer avec les nécessités d'une prise en charge parfois longue et fastidieuse.


Question : Quand j'étais au lycée j'avais la peur de parler en classe, et quand je dois répondre à une question je bégayais juste sur le premier mot de la phrase. Maintenant j'ai 2X ans, j'ai eu mon diplôme d'ingénieur mais la peur de bégayer en parlant surtout avec des gens que je ne connais pas m'ennuie toujours.

La peur est une réaction normale de l'organisme qui lui permet de se sauvegarder des dangers et de perpétuer la survie de l'espèce. Encore faut-il que le danger soit réel. Si le danger est imaginaire, même après une première alerte réelle, cette peur devient une phobie.
Si cette phobie est celle des autres ou de l'idée que l'on se fait de l'idée qu'ils pourraient se faire de nous cette phobie s'appelle une phobie sociale.
Ces phobies se developpent plus sur un terrain d'anxiété géneralisée ou chez des personnes qui ont eu ou ont d'autres phobies depuis l'enfance.

Certains médicaments agissent très bien sur ces terrains d'anxiété generalisée. Les thérapies cognitivo-comportementales sont particulièrement efficaces et permettent au patient (bègue ou non bègue) de décortiquer ses comportements et de rationaliser ses cognitions.

La peur est dangereuse ; plus dangereuse que le bégaiement ; mais le bégaiement sait très bien s'en nourrir.


23 octobre 2009

JMB 2009 : Des réponses à vos questions - 2e partie

Nous continuons avec les réponses à vos questions.
Au menu aujourd'hui : Quand les parents, un peu perdu après des échecs, ne savent plus quoi faire ; Peut-on s'en sortir seul et comment trouver sa thérapie, et enfin pourquoi n'y-a-t-il pas de recherches en France...à suivre ! ;-)

Question :
Bonjour,
Je suis la maman d'un garçon de 8 ans qui bégaie. Depuis l'âge de 5 ans nous voyons des orthophonistes connaissant plus ou moins (plutôt moins que plus) le bégaiement. Nous avons fait une thérapie familiale. Le résultat a été que pour une famille sans problème, le thérapeute n'avait pas de solution à apporter. Et puis depuis 1 an et demi nous allons chez une orthophoniste à 1 h de notre domicile (140 Km aller-retour) toutes les semaines. Elle est très bien, mais nous ne voyons aucun changement. Nous avons été voir un psychologue sur le conseil de notre pédiatre, qui a émis l'hypothèse que C. fasse de la relaxation (bien que C. soit tout sauf un stressé de la vie, c'est même complètement le contraire). Du coup on a accepté cette relaxation ne sachant pas quoi faire et là on attend une place d'ici quelques mois. Nous ne savons plus quoi faire. Nous souhaitons aider notre fils mais vraiment nous sommes perdus. Et il est si difficile de trouver une personne qui nous comprenne et qui puisse nous donner des conseils et nous aider. Je compte vraiment sur vous tous ;
X.X.
Réponse :
Madame :
Ce n'est pas une question sur le bégaiement que vous posez là, mais un avis clinique et thérapeutique que vous demandez.
Je vous répondrai donc en privé, mais néanmoins votre intervention soulève quelques problèmes qui intéressent tout le monde :
- - Le manque de formation des orthophonistes et des intervenants.
- Il n'est pas spécifique à la France. La rééducation du bégaiement est la rééducation la moins pratiquée de par le monde par les orthophonistes et logopèdes. Elle demande beaucoup de connaissances, beaucoup d'inventivité, elle ne peut être répétitive et formatée, il faut s'adapter complètement à chaque cas. Certains programmes universitaires américains et anglais ont été interrompus (ou plutôt non reconduits) car ils demandaient des mises de moyens énormes pour une demande qui allait être moins forte que les troubles d'apprentissage ou les problèmes de voix ..c'est la triste réalité.

- En France l'enseignement n'est pas le même d'une école d'Orthophonie a une autre et peut varier de 4_5 heures à une dizaine d'heures sur quatre ans.

- Tout le monde trouve son enseignement plus intéressant et plus vital que celui des enseignants d'autres matières.

- Les stages sont inexistants.
On a donc vu apparaître une multitudes de stages de formation en parallèles, stages où s'inscrivent (moyennant finances) qui le veut et qui ne sont pas sanctionnés par une évaluation des enseignements et rarement suivis de stages de supervision ou de perfectionnement.

- Malheureusement ces stages ont comme effet pervers d'alimenter la carence éducative – au lieu de mettre la pression sur les collèges d'enseignements des écoles d'Orthophonie.. ; si décision collégiale il y a.

Une solution, ou plutôt un début de solution, que j'ai pu mettre en place depuis 2005 a été la création d'un DU (Diplôme Universitaire) à Paris 5, ouvert aux médecins phoniatres et aux orthophonistes diplômées. Il comprend 120 heures d'enseignement sur deux ans et est sanctionné (ou récompensé) par un diplôme universitaire. Il y a donc des règles de validation et d'évaluation qui sont celles de toute Université. C'est un des plus gros programmes universitaires sur le bégaiement à l'heure actuelle.

Ces orthophonistes et thérapeutes sont déjà une quarantaine à avoir obtenu le diplôme – 20 de plus en formation. Ils pourront à leur tout « essaimer » et prodiguer un enseignement et des supervisions afin d'améliorer la qualité des soins et de permettre une supervision. - Mais la France est vaste et certains territoires sont moins riches en soignants que d'autres d'où les galères que vous traversez. Ce n'est pas un problème qui peut se résoudre comme cela, vite.

De plus il faut être bien conscient que même si les orthophonistes ont des notions de toutes les pathologies, ils ne peuvent pas bien répondre à tout – et que chacun a ses préférences (pour les médecins phoniatres, la problématique est la même) ; je dois désespérer les personnes sourdes et malentendantes, ce n'est « pas mon truc ». Mais je pense que lorsque l'on ne sait pas, il faut le dire.

L'autre problème est la crispation sur le résultat qui paradoxalement nuit beaucoup à la prise en charge du bégaiement. Il y a des moments où il vaut mieux suspendre que de dépenser beaucoup d'énergie à essayer d'avoir une amélioration avec des moyens inadéquats. C'est difficile à admettre, mais c'est la dernière fois que votre enfant sera un enfant – et il ne faut pas que l'acharnement à trouver une solution coûte que coûte lui envahisse son espace de jeu et de loisirs qui sont aussi sa part d'enfance.

Question :
Je suis adulte, bègue depuis l'enfance. je begaie pas tout le temps mais pas mal lorsque je suis confronté à un entourage ou au "b" "g" "p" "d" "...". J'ai tout essayé (orthophonistes, IEB, Fil d'argent, yoga, sophro, hypnose...)
Quelle est la méthode qui pourrait vraiment m'aider ? (s'il en existe une)
Et puis-je m'en sortir seul en applicant une méthode?
Pourquoi quand on lit les centaines de témoignages sur les méthodes essayés pour lutter contre le bégaiement on ne lit jamais le mot phoniatre ?
Réponse :
Monsieur :
Méfiez vous des méthodes.
Chaque personne bègue est spéciale, et c'est la personne qui doit être prise en compte. Il convient (ou conviendrait) que le bilan soit le plus exhaustif possible. Non seulement, avant de proposer quoique ce soit il faut interroger longuement la personne sur ses antécédents, sur l'histoire de son bégaiement, sur les variations de celui-ci, sur les facteurs aggravants, mais il faut aussi essayer de comprendre quel en est son vécu à elle, et à elle seule. Un bon « test » du bégaiement doit prendre en compte le handicap de la communication et le retentissement sur la vie quotidienne (comme le test OASES de Scott Yaruss).

Alors seulement peut-on réfléchir aux solutions à proposer. Mais il y a, dans le domaine du bégaiement trop souvent une grande distance entre ce qui est souhaitable et ce qui est réalisable
Il n'y a donc pas de bonne méthode universelle.
Un bon thérapeute du bégaiement devrait avoir à proposer une palette de techniques et de traitements pour pouvoir adapter sa stratégie de traitement à chacun.
On ne peut jamais généraliser dans le domaine du bégaiement ; c'est avoir une méconnaissance grave de la complexité du problème et de la variabilité des réactions et des vécus.
Oui, on peut s'en sortir seul – si on sait être lucide et opiniâtre, exigeant et determiné. C'est si difficile qu'il vaut mieux être aidé et soutenu.
Les groupes d'entre-aide peuvent vous aider dans cette démarche, et s'il n'y en n'a pas par chez vous créez en un !

Question : Pourquoi la recherche scientifique sur le bégaiement est-elle inexistante en France ?
Cette réponse sera incluse dans une réponse ultérieure...il y a un début de réponse dans la première réponse de ce post.

22 octobre 2009

JMB 2009 : Des réponses à vos questions - 1ère partie

Chose promise, chose dûe, voici les premières réponses à vos questions sur le bégaiement, par le Dr Monfrais-Pfauwadel.
Je ne saurais jamais trop attirer votre attention sur ces réponses.
Notre spécialiste, forte de son expérience et de ses connaissances, dresse à travers ces réponses un tableau de la situation, qu'il faut connaître.
Je vous incite donc à les lire attentivement. A la différence de la radio ou de la télé, vous n'avez aucune excuse pour "avoir mal entendu ou "avoir mal compris" ;-)
Elles sont claires, argumentées et contribueront j'espère à détruire certaines idées reçues aberrantes qui persistent encore à notre époque.
Bonne JMB à tous.

Question : Pour la rééducation du bégaiement, on entend souvent parler des orthophonistes mais plus rarement des phoniatres. Comment choisir de consulter l'un ou l'autre ? Quelles sont les différences en terme de prise en charge et de thérapie ?

Réponse : Les phoniatres sont des médecins phoniatres. Les orthophonistes sont des auxiliaires médicaux qui réalisent des actes médicaux par délégation sur ordonnance.
Le médecin phoniatre, en France, est spécialiste des pathologies de la communication : voix, parole langage et audition – et s’occupe aussi des problèmes de déglutition. Il est maintenant forcément ORL, mais que depuis quelques années. Il suivait auparavant un D_I_U de trois ans (en même temps que sa formation en ORL) comprenant des cours de pathologie, mais aussi de linguistique et de phonétique, de psychologie, de neuropsychologie etc, tout en faisant des stages auprès de confrères phoniatres, pédopsychiatres, neurologues etc...

Il existe en France presque 200 phoniatres. Les ¾ font partie de la Société de Phoniatrie.
Tous les pays n’ont pas de phoniatres, il y en a peu dans les pays anglo saxons, plus dans les pays latins et slaves.
La médecine phoniatrique a pris son essor dans l’Europe de l’Est, à la fin du XIX siècle – mais le premier phoniatre fut le Dr Itard (incarné par François Truffaut dans le film « L’Enfant Sauvage ») qui créa le premier institut pour les enfants sourds.
Tous sont très passionnés ! Certains s’occupent de laryngectomisés, d’autres d’enfants sourds, de traumatisés crâniens, d’enfants polyhandicapés etc…
Le rôle du médecin phoniatre est de poser les diagnostics, d’évaluer et d’explorer les patients, d’élaborer les stratégies thérapeutiques, d’ordonner les traitements (dont la rééducation orthophonique est une des ressources), d’évaluer leur efficacité.
Il est expert, il contrôle, il conseille, il enseigne et s’il lui reste du temps, il peut faire un peu de recherche clinique.
Qui peut le plus peut le moins – si nous ordonnons des rééducations, il faut que nous soyons capables de les prodiguer, voire de les mettre au point et de les enseigner.

Là, c’est chacun selon ses goûts. Certains médecins phoniatres font surtout de la consultation, d’autres surtout de la médecine hospitalière, ou de la recherche clinique. Beaucoup forment et enseignent, dans un esprit de compagnonnage.
Leur pratique relève donc de la Convention avec la Sécurité Sociale et les tarifs sont fixés par la CCAM pour les actes d’exploration. Pour les actes de rééducation, il y a entente préalable et la valeur de la lettre-clef est celle des orthophonistes (voilà à quoi mènent 10 années d’études !) – simplement il y a écrit sur la feuille KMO et pas AMO.
En dehors de la rééducation, lors de sa prise en charge d’une pathologie (par exemple le bégaiement), le médecin phoniatre peut demander des examens complémentaires, les centraliser et les interpréter, prescrire des médicaments, évaluer les rééducations qu’il n’aura pas pratiqué lui-même, prescrire des rééducations, recevoir les familles, conseiller, délivrer des certificats (de tiers temps pour les examens par exemple) etc…

Question : Une prise en charge précoce auprès d'une orthophoniste donne-elle toutes les chances pour l'avenir de l'enfant ?

Réponse : La logique de l'intervention précoce est de faire jouer au maximum la plasticité cérébrale, c'est-à-dire la capacité qua le cerveau de se réparer lui-même et de créer de nouveaux réseaux de neurones pour supplémenter la défaillance.

Ce que la personne que vous consulterez (orthophoniste, médecin phoniatre) vous conseillera de façon le plus possible adaptée à votre cas il ne s'agira donc pas de conseils stéréotypés, même si certaines grandes lignes se retrouvent d'un patient à l'autre permettra par des petits changements et des réadaptations cooptées des modes de communication de rétablir un meilleur climat de développement des habilités de parole de l'enfant. Si l'enfant est très jeune ou un peu emporté, sil n'est pas apte à suivre une rééducation plus institutionnalisée cette approche permet de rendre intensive l'intervention de manière indirecte.

Néanmoins il n'est pas question que les parents ou l'entourage en fasse trop et remplace une crispation par une autre ils n'ont pas à être les thérapeutes de leur enfant ! C'est pourquoi il est bon, et même fortement souhaitable qu'un contrôle et des réajustements soient faits régulièrement avec le thérapeute.

L'intervention précoce, la guidance parentale ne donnent pas «toutes» les chances à l'enfant. La notion de 100% de réussite n'existe pas en médecine humaine. Il faudrait maîtriser tous les paramètres ;et avoir une certaine idée de la «normalité» - qui n'est qu'une virtualité et pas une réalité. Nous sommes tous pareils- et tous différents, et la médecine doit faire aussi avec cela.

Si le bégaiement nest pas «isolé» mais prend place dans un tableau clinique plus complexe (en particulier s'il y a un retard de parole et/ou de langage), l'intervention précoce ne sera pas suffisante et devra être étayée dès que l'enfant y sera apte progressivement remplacée par une prise en charge appropriée, une fois le problème identifié et évalué. Mais il n'y a que des cas d'espèces.

8 octobre 2009

JMB 2009 : Foire aux Questions : PLUS QUE QUELQUES JOURS !


Info : Le Dr Monfrais-Pfauwadel vient de passer sur France Inter, dans l'émission la "Tête au Carré". Vous pouvez réecouter l'emission sur la page de La Tête au Carré. Le journal La Croix consacre un article au bégaiement dans son tirage du 20 octobre prochain.

Mise à jour :
Il ne vous reste plus que quelques jours ! Poser les questions qu'on veut à une spécialiste est une occasion d'avoir des réponses de bonne qualité sur tous les sujets du bégaiement. Je vous rappelle que l'anonymat est respecté. Comme l'a dit Laurent sur son blog, il n'y a pas de questions idiotes. Si vous n'avez pas encore posté vos questions, dépêchez-vous, profitez-en, nous sommes à moins de dix jours de la clôture.

A l'occasion de la Journée Mondiale du Bégaiement du 22 octobre, en collaboration avec les blogs Parole de Bègue et Goodbye Bégaiement, nous vous invitons à poser vos questions, dès maintenant, sur le bégaiement, en commentaire ou par email.

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le bégaiement, nous allons essayer d'y répondre, avec l'aide d'une spécialiste émerite.
Le Dr Marie-Claude Monfrais-Pfauwadel est médecin phoniatre, spécialiste du bégaiement, enseignante en phoniatrie et en orthophonie. Elle a accepté de nous aider à répondre à vos questions, ce qui nous permettra d'avoir des réponses plus exhaustives, plus précises, (et à jour surtout pour la recherche scientifique sur le bégaiement.)
Soulignons que le Dr Monfrais-Pfauwadel est aussi mère d'enfants ayant bégayé ; elle est non seulement experte, mais aussi entourée de personnes souffrant ou ayant souffert du bégaiement.



Ce post restera à la "une" de ce blog jusqu'à la fin de la "collecte" de vos questions, aux alentours du 22 octobre.
(L'anti-spam a été retiré sur ce blog pour vous permettre un accès plus facile aux formulaire de commentaires. Vous pouvez cocher "Anonyme" pour aller plus vite.)


Vous pouvez aussi envoyer vos questions à cette adresse email : questionsjmb@gmail.com
Les questions seront ensuite synthétisées (une seule réponse pour des questions similaires) et traitées, puis les réponses seront mises en ligne.


Toutes les autres questions seront prises en compte.

Nous attendons vos questions sur le bégaiement avec impatience !



q u e s t i o n s j m b @ g m a i l . c o m





 

Qui êtes-vous ?

France
Comment une personne bègue qui, il y a 10 ans était totalement méprisante et indifférente vis-à-vis de la recherche sur son trouble, s'est-elle brusquement prise de passion pour elle jusqu'à ouvrir un blog ? Par désespoir ? Non. Par ennui ? Non. Par un oeil neuf, tout simplement. Résultat : depuis 2007, Un Olivier sur un Iceberg vous tient au courant des découvertes, et vous propose des traductions et résumés scientifiques sur les révélations de la recherche sur le bégaiement qui vont vous stupéfier. Bienvenue dans l'une des enquêtes scientifiques les plus passionnantes et les plus excitantes qui soient.

Avertissement

Malgré le soin et les efforts apportés à ces textes, les erreurs sont toujours possibles, surtout en ce qui concerne les termes médicaux. Merci de votre indulgence.