Comme je l'ai lu dans un post récent de T.Weidig, "Il ne faut pas confondre le phénomène avec l'interprétation du phénomène". J'ai ici-même fait allusion aux petites théories que chacun de nous est tenté de faire sur notre bégaiement. Je pense que c'est une 'erreur' que nous faisons tous...
Question
voilà je suis bègue depuis 3X ans et j'ai 4X ans
J'ai trouvé la solution seul après que mes parents ont épuisé les voix normales : psychiatre orthophoniste etc...pendant plus de 7 ans.....lorsque j'ai voulu "sortir" avec une fille et surtout pouvoir téléphoner qui était impossible pour moi.
j'ai cherché pourquoi je bégayais et j'ai essayé de décortiquer le mécanisme de la parole et je suis arrivé à faire un petit exercice très simple qui m'a pris un peu de temps mais très efficace
je suis parti de: pourquoi je ne bégaie pas quand je chante ou je récite une poésie ? car je connais la phrase que je vais dire donc quand je vois dans ma tête comme dans un livre ce que je vais dire plus de problèmes. Le faite de faire cette gymnastique (un peu d'entrainement et nécessaire) je ne bégaie du plus tout . Donc il faut que je me concentre sur ça.
Pour moi un bègue lui manque une étape dans la parole entre le moment ou il pense une idée à dire et le moment ou elle sort de sa bouche. La connexion, le décryptage (ou quelques choses comme ça) de cette liaison par nos cordes vocales ne se fait pas il faut que l'on a, que l'on se concentre sur une étape intermédiaire. Quand je recommence a bégayé c'est quand je suis fatigué, très reposé, gros soucis, grosses préoccupations je ne me concentre plus sur çà.
J'oublie de faire cette étape intermédiaire. J'ai rencontré dans ma vie beaucoup de bègues et ayant une personnalité très extravertie j'ai expliqué mon expériences à tous et tenter avec tous ceux qui voulais se donner la peine de faire mon exercice: j'ai été très surpris de voir que cela fonctionne vraiment bien. Qu'en pensez vous ?
J'aurai aimé discuter beaucoup plus avec vous de vive voix car quand j' entends certain bègue et je sais certaines grandes souffrances que cela m'a causé j'aurai aimé améliorer mes connaissances pour aider mieux encore des parents, bègues.
J'ai bien sur écouté l'émission sur France Inter et suis bien sur en désaccord sur certains petits points.
Quelques petites choses que l'on devrait dire à tous les bègues: non pas calme toi, parle plus doucement, mais concentre toi, évite certains mots(on le fait naturellement), des petits trucs comme ça bien utile.
Ce serait super gentil de me répondre personnellement car enfin durant toutes ces années j'ai accès à une spécialiste très difficile à trouver croyez moi !!!!!!
merci d'avance
Réponse :
Monsieur, je crains que vous ne fassiez dans la phénoménologie.
Hegel disait « la perception n’est qu’un des aspects de la réalité ». Ce que vous percevez des productions de votre corps – dont la parole- n’est qu’une interprétation, enrichie par l’expérience, de ce que vos sens vous apportent. Cela ne veut pas dire que c’est l’exact reflet de ce qui se passe.
Certes, on bégaye moins ou peu en chantant, mais c’est aussi (ou surtout) parce que le rythme y est pré-fabriqué et que le déroulement temporel de la parole est réglé comme un métronome. Le phrasé est fourni par autrui et le rôle des noyaux gris centraux facilité. On se retrouve de fait dans une des quelques situations où le bégaiement ne peut quasiment pas survenir. C’est un truc bien connu de certaines officines commerciales qui se font fort de faire cesser le bégaiement en trois jours…
C’est aussi le leurre dans lequel peuvent tomber certains rééducateurs insuffisamment formés qui n’utilisent en thérapie que la répétition, la lecture, des techniques de respiration…et la récompense de longs silences imposés par de la parole mécaniquement rendue fluente.
« ça fonctionne », mais ça fonctionne en circuit fermé .
Il y a de plus quelque chose qui m’attriste dans votre démonstration : où est l’autre pour vous, celui à qui vous parlez, si vous êtes ainsi préoccupé par le choix des mots, le contournement des locutions, les supputations sur les phonèmes ????
Vous remplacez une préoccupation, celle d’être saisi par l’inattendu du bégaiement par une autre, celle du blindage complet d’une parole formatée et refermée sur elle-même.
Communiquer, c’est faire circuler le sens, c’est créer de la relation, c’est accueillir la parole de l’autre, c’est courir le risque de s’ouvrir, de s’offrir.
Prenez des risques, Monsieur.
« Qu’y a t- il de plus précieux que l’or ?
- La parole
Qu’y a t- il de plus précieux que la Parole ?
- La parole échangée »
Goethe