Le titre de l'étude est "Right-shift for non-speech motor processing in adults who stutter"
qu'on pourrait grosso-modo traduire par
"Basculement à droite pour le traitement non-parolier chez les adultes qui bégaient". Sommer et son équipe ont continué leurs études par stimulation magnétique transcrânienne.
En gros, ça dirait que le cerveau adulte bègue a subi une profonde restructuration au niveau du traitement auditif-moteur, et cette espèce de compensation serait localisée dans un endroit différent du cerveau.
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Dr Nicole Neef |
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Dr Martin Sommer |
Le Dr. Nicole Neef et Dr. Martin Sommer de l'Université de Goettingen, avec le Dr. Bettina Pollok de l'Université de Dusseldorf, ont étudié les performances d'un groupe d'adultes qui bégaient, ainsi que ceux d'un groupe d'adultes qui ne bégaient pas, sur un exercice de tapement de doigts. Ils ont utilisé la Stimulation Magnétique Transcrânienne (TMS) pour interférer temporairement avec l'activité du cerveau dans le cortex prémoteur dorsolatéral pendant que les participants tapotent leurs doigts en synchronisation avec un métronome. Chez les sujets de contrôles, perturber le cortex prémoteur gauche altère le tapotement des doigts, mais perturber le cortex prémoteur droit n'a aucun effet. Chez les adultes qui bégaient, le schéma était inversé : la précision du tapotement des doigts était affecté par la perturbation de l'hémisphère droit, et non-affectée quand on pertubrait le gauche. Des recherches antérieures ont déjà relié le bégaiement à un flux sanguin cérébral transféré à droite dans les aires moteur et prémoteur pendant la parole. Dans cette nouvelle étude, un basculement de l'intégration audtive-moteur du côté droit du cerveau est apparue même dans une tâche n'impliquant pas directement la parole. Ainsi, dans le cerveau d'adultes qui bégaient, il semble y avoir une profonde réorganisation compensant probablement pour de subtiles perturbations dans d'autres parties du cerveau -les régions frontales inférieures gauches. Ces découvertes apportent un éclairage sur l'étendue de la réorganisation des fonctions du cerveau dans le bégaiement dévelopemental persistant.
La traduction de la conclusion du résumé du rapport lui-même :
Conclusions : Les données présentes indiquent une connectivité fonctionnelle altérée chez les adultes qui bégaient chez qui le cortex premoteur dorsolatéral droit (PMd) semble être important pour le contrôle de mouvements synchronisés hors-parole. De plus, la basculement de latéralité suggère un rôle compensatoire du PMd droit pour réaliser efficacement le tapotement rythmé des doigts.
Commentaires
http://www.dailymail.co.uk/sciencetech/article-2027134/The-brains-people-stammered-childhood-evidence-rewiring.html#ixzz1VNB5XKt9
Ils font un lien -que je n'avais pas fait immédiatement en lisant ton article- avec le fait que le bégaiement puisse ne pas se manifester en écoutant de la musique, citant évidemment la première séance de Bertie chez Logue dans le "Discours d'un Roi"...
Heureusement, Tonton Olivier est là pour vous dire que visiblement ce n'est q'une pièce de plus du puzzle, et vraisemblablement une conséquence.
Cette étude met en évidence "un basculement de l'intégration auditive-moteur du côté droit du cerveau dans une tâche qui n'implique pas directement la parole".
La question que je me pose : les personnes qui bégaient peuvent-elles arriver à reproduire des rythmes assez compliqués,de manière assez soutenue, dans des activités n'impliquant pas la parole, je pense notamment à des rythmes de percussion.
Si pour parler et pour produire différents rythmes sonores, la personne emploie une zone du cerveau qui n'est pas la zone habituellement dévolue à cela, qu'en est-il du résultat? Pour la parole, on voie que cette compensation n'est généralement pas la panacée.Le bégaiement est là pour le démontrer. Mais pour tout ce qui touche à des rythmes sonores?
Peut-on utiliser une zone du cerveau "anormale" pour parler et de ce fait bégayer et en même temps utiliser une zone "anormale", inversée ( la partie droite au lieu de la partie gauche du cerveau, pour résumer) pour produire des rythmes sonores complexes et arriver dans ce cas précis à un résultat satisfaisant?
Peut-on en même temps bégayer et être par exemple un batteur professionnel, ou percussionniste (j'insiste bien sur une personne qui a une très grande maîtrise du rythme, pour écarter toute personne ayant une grande maîtrise du chant ou de tout autre instrument de musique dont la caractéristique principale n'est pas le rythme)?
Vincent (en réflexion depuis de nombreuses années sur ses problèmes de fluences)
Je pense qu'il doit bien exister des batteurs pro qui bégayent...
Dans cette étude, les cobayes devaient taper du doigt en rythme avec un métronome, ce qui n'est pas exactement pareil que de reproduire un rythme après quelqu'un, ou d'en réaliser un de son propre chef.
Ensuite, taper du doigt et faire de la percu, de la batterie, n'est pas forcément non plus la même chose en termes de tâche...
Ceci dit, en début d'année j'étais tombé sur un article mentionnant une étude qui concluait à un retard ou du moins à de sérieuses difficultés chez des enfants qui bégaient, pour suivre un rythme, taper dans les mains au bon moment.
Donc, à moins qu'un spécialiste passe par là, Vincent devra attendre un peu pour sa réponse ; ça m'ennuye parce que chacun de nous devrait avoir des réponses à ses questions. Mais rien que ça c'est un travail à plein temps. Plaire à tout le monde, vous avez même pas idée du travail que ça représente.
Un grand merci Olivier de nous permettre d'avoir accès aux dernières évolutions de la recherche sur le bégaiement.
J'ai beaucoup lu sur le sujet, beaucoup consulté (orthophonistes, psychiatres, neurologues,sophrologues,...). Quand j'ai commencé à lire votre blog, je ne vous cache pas que mon premier sentiment fut la colère. Non contre vous, mais de voir qu'il pourrait y avoir un lien entre le cerveau et le bégaiement. Et de penser que les personnes qui bégayaient avaient un cerveau qui marchait différemment quand elles parlaient. Cela signifiait : il n'y a rien à faire, c'est la fatalité. Une réaction, on va dire peut-être un peu plus mesurée, mais du même style de celle de la personne qui a écrit sur sa page Facebook que les résultats d'une recherche étaient "de la merde". Puis, paradoxalement, mon sentiment a évolué de façon positive. J'ai senti une déculpabilisation face à ce problème de fluence. Avec la prise de conscience, que ce problème pouvait être dû (en partie) à un problème de connexion dans le cerveau, j'ai moins essayé de le cacher.
Et, personnellement, je trouve passionnant toutes les recherche qui sont faites en matière de bégaiement et de neurologie.
j'ai lu beaucoup d'articles auparavant sur le sujet, mais beaucoup d'entre eux étaient accès sur des causes du bégaiement d'origine psychologiques. Personnellement, je n'ai jamais adhéré aux thèses selon lesquelles le bégaiement aurait des causes psychologiques. En revanche, que le bégaiement pouvait avoir des conséquences psychologiques chez certaines personnes, cela j'en ai toujours été persuadé.
Quant à ma question sur le rythme et le bégaiement, rassurez-vous Olivier, je suis patient. Et si l'on avait toutes les réponses à nos questions immédiatement, et bien je pense que l'on ne s'en poserait plus de questions!
Vincent
PS : j'avais il y a bien longtemps accompagné mon oncle qui suivait un stage Impoco.
Si son but est de faire parler une personne qui bégaie en un temps record, c'est gagné. Vous avez une personne qui s'exprime très difficilement, en un temps très rapide, elle peut parler dans un rythme binaire (aidée en cela par la contractions des bras, qui font office de métronome). Vous étiez un être humain qui bégaie, vous devenez un robot qui parle.
Ce que vous dites sur la colère qu'on peut ressentir vis-à-vis des données neuro est très importante. Cette réaction de rejet est toujours très vive, et encore très fréquente. Idem pour la réaction de cette personne sur Facebook.
Vous faites preuve de discernement en sachant que vous n'êtiez pas en colère contre moi...il faut garder du recul quand on s'intéresse à la neuro, et dieu sait que c'est pas facile...(et pour moi non plus !)
Moi, elle m'a traumatisé et ça s'est très mal passé, ça y a pas de doute -mais il faudrait être aveugle pour ne pas voir qu'il y a des gens qui sont très heureux avec.
Ce qui n'enlève rien à ce qu'on peut -objectivement !- leur reprocher.
Il faut que chacun fasse un effort (comme disait Bill Clinton pour je ne sais plus quel discours), à "ne pas envenimer la situation au-delà des faits", et qu'on fasse un effort pour tirer des conclusions constructives des engueulades et des bagarres inutiles du passé.
Et ça non plus c'est pas facile...
Ce que je voulais dire, c'est que je suis un peu contre la manière dont elle est présentée dans les médias. Ce n'est pas la méthode miracle qui efface un bégaiement tenace qui dure depuis des années en une semaine. C'est, à mon avis, une méthode assez musclée qui peut effectivement être utile à certains, et qui a l'avantage de pouvoir être mise en place rapidement. Mais cela demande beaucoup d'efforts (mon oncle, qui bégaie, pourtant très volontaire n'a pas réussi à mettre en place cette méthode sur la durée, il trouvait cela épuisant).
Prenant mon cas personnel, j'ai très jeune voulu éviter de montrer le moindre signe de mon bégaiement. Je ne voulais pas que mon interlocuteur voit le moindre signe de blocage, d'hésitations, de répétitions, et même de plissement des yeux ou de détournement du regard (ce que beaucoup de personnes qui bégaient font quand elles parlent). Effectivement, mon bégaiement ne se voyait plus, mais cela demande un très gros travail derrière, d'analyse de tous les phonèmes sur lesquelles j'avais une hésitation, de groupements de mots qui chez moi étaient à problème. Revers de la médaille : avec cette méthode j'avais très peu de spontanéité.
Je pense qu'il ne faut pas opposer les méthodes; de toute façon chaque bégaiement est en quelque sorte unique. Et une méthode qui donnera des résultats pour un individu n'aura peut-être effet sur un autre.
Eh bien, comme ton oncle, je n'ai jamais réussi non plus réussi à mettre en place chez moi la méthode IEB
c'est vrai que la perte de spontanéité est dommageable ; il est très difficile de trouver un bon compromis -coût émotionnel sans montrer son bégaiement ouvertement je pense.