Mise à jour : je vous propose un sous-titrage la vidéo "Unlocking a medical mystery" : Stuttering (CNN, février 2010) - Page d'origine - Voir la vidéo en HQ 1 - HQ 2

Gènes : GNPTAB, GNPTG, et NAGPA.
Une nouvelle étape sérieuse dans la compréhension du bégaiement a donc été franchie, au
terme de l'étude (financée par le gouvernement) du Dr Drayna et de son équipe.
Hier soir, seuls quelques médias anglophones avaient repris l'info, aujourd'hui Google liste plus de deux pages de sites qui en parlent. (Les médias français se seraient assis dessus ?)
Hier soir, seuls quelques médias anglophones avaient repris l'info, aujourd'hui Google liste plus de deux pages de sites qui en parlent. (Les médias français se seraient assis dessus ?)
En résumé, ce qu'on a trouvé, -et les chercheurs ne cachent pas leur surprise-, ce sont des mutations qui empêchent le bon recyclage des composants des cellules du cerveau. Un mauvais recyclage entraîne une accumulation, des "déchets" dont la cellule du cerveau est censée se débarrasser. "Un 'pépin' dans le processus journalier de recyclage des composants des cellules dans les régions-clés du cerveau" c'est la formulation que l'on trouve le plus souvent.
En attendant éventuellement de traduire le rapport complet, je vous ai compilé -et traduit- des morceaux chosis, prélevés sur une dizaine de sites :
LES PERSONNES ET FAMILLES ETUDIEES :
Drayna et d'autres chercheurs ont examiné une grande famille consanguine Pakistanaise avec plusieurs membres bègues, et ont découvert une mutation sur le chromosome 12. Ensuite ils ont trouvé la même mutation et deux autres gènes mutés sur un groupe d'environ 400 autres personnes du Pakistan, des Etats-Unis, et d'Angleterre, qui bégaient. (123 individus Pakistanais qui bégaient --46 venant d'une étude antérieure et 77 non-liés-- ainsi que 96 Pakistanais non-liés non-bègues, et qui ont servi de contrôles. Des individus des Etats-Unis et d'Angleterre, 270 qui bégaient et 276 non-bègues. Les chercheurs ont trouvé que certains individus qui bégaient possédent la même mutation que celle trouvé sur la grande famille Pakistanaise.) Les chercheurs ont analysé une section du chromosome 12 et ont focalisé leurs efforts sur ce site. Ils ont séquencé les gènes entourant un nouveau marqueur, et ont identifié des mutations dans un gène connu sous le nom de GNPTAB chez les membres affectés des familles. Le gène GNPTAB aide à encoder une enzyme qui assiste la destruction et le recyclage des composants cellulaires, un processus qui prend place dans une structure de la cellule appelée le lysosome.
"Ca ne peut pas être ça...." a-t-on pensé dans l'équipe du Dr Drayna. "Eh bien si. C'était bien ça, et c'est une surprise".
“Pendant des années, les gens ont suggéré toutes sortes de causes pour le bégaiement. Personne n'a jamais eu sur sa liste un trouble hérité du métabolisme des cellules." Dr Drayna
QUELQUES EXPLICATIONS
"Le gène GNPTAB est impliqué dans un processus ou les produits usés de la cellule sont enlevés et traités dans quelque chose qui appelé le lysosome, qui est un peu le conteneur à détritus de la cellule, de façon à ce que la cellule ne s'empoisonne pas elle-même." dit un autre médecin, non impliqué dans l'étude.
"Cette découverte n'était pas attendue", dit Drayna. "Pourquoi des gènes régulant cette sorte de métabolisme seraient impliquées dans le bégaiement ? Les mutations interfèrent apparemment avec cela, affectant les cellules du cerveau qui contrôlent la parole."
"Le GNPTAB encode son enzyme avec l'aide d'un autre gène appelé GNPTG. De plus, une seconde enzyme, appelée NAGPA, agit à l'étape suivante de ce processus.
"Cette découverte n'était pas attendue", dit Drayna. "Pourquoi des gènes régulant cette sorte de métabolisme seraient impliquées dans le bégaiement ? Les mutations interfèrent apparemment avec cela, affectant les cellules du cerveau qui contrôlent la parole."
"Le GNPTAB encode son enzyme avec l'aide d'un autre gène appelé GNPTG. De plus, une seconde enzyme, appelée NAGPA, agit à l'étape suivante de ce processus.

"Nous pensons qu'un groupe spécial de cellules dans le cerveau est particulièrement sensible à ces mutations subtiles dans ces gènes," dit le Drayna. "Les mutations qui causent aussi ces maladies très sérieuses écrasent le gène, par conséquent aucun des produits des gènes n'est efficacement réalisé. Nos mutations autorisent probablement le produit du gène à être fait, mais il ne fonctionne sans doute pas assez bien. C'est comme une voiture qui a besoin d'une mise au point. Elle marche toujours mais pas entièrement bien".
"Certaines cellules dans le corps ont besoin de tourner comme une Ferrari pour pouvoir fonctionner correctement et ces cellules sont impliquées dans la production de parole dans le cerveau." Dr Drayna
La Mucolipidose et les "éboueurs des cellules"
"Les gènes GNPTAB et GNPTG ont déjà été asujettis à deux maladies métaboliques sérieuses, connues sous le nom de mucolipidoses (ML) II et III. MLII et MLIII font partie d'un groupe de maladies appelées troubles de l'accumulation lysosomale, parce que des composants de cellules mal recyclés s'accumulent dans le lysosome. De gros dépots de ces substances causent en fin de compte des problèmes conjoints du système squelettique, du coeur, du foie et d'autres problèmes de santé, aussi bien que des problèmes développementaux dans le cerveau. Ils sont aussi connus pour causer des problèmes avec la parole."
Pourquoi les personnes bègues n'ont pas cette maladie ?
"Vous vous demandez peut-être, pourquoi les personnes avec les mutations de bégaiement n'ont-il pas de plus sérieuses complications ? Pourquoi n'ont-il pas la maladie ML ?" demande le Dr. Drayna, auteur senior du rapport. "Les troubles ML sont récessifs. Vous avez besoin de deux copies du gène défectueux pour avoir la maladie. Presque tous les individus non reliés dans notre étude qui bégayaient avaient seulement une copie de la mutation. De même, dans le bégaiement, la protéïne est pourtant faite, mais n'est pas réalisé de façon exactement correcte. Dans les affections ML, les protéïnes ne sont pas faites du tout. Néanmoins, il y a quelques subtilités qui restent à comprendre, et nous aimerions en savoir plus."
Les chercheurs estiment qu'environ 9 pour cent des personnes bègues possèdent des mutations sur un des trois gènes. Entre autres prochaines étapes, ils conduisent une étude épidémiologique mondiale pour mieux déterminer le pourcentage de personnes qui portent une ou plusieurs de ces mutations. Ils conduisent aussi des études biochimiques pour déterminer spécifiquement comment les mutations affectent les enzymes. Un objectif à long-terme est d'utiliser ces découvertes pour déterminer comment ces défauts métaboliques affectent les structures à l'intérieur du cerveau, qui sont essentielles pour la parole fluente."
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"C'est la plus grosse percée scientifique dans ces résultats. Nous avons maintenant un chemin, finalement, pour atteindre ces cellules et ces structures dans le cerveau qui sont responsables pour la parole [...]" dit Drayna. “C'est un trouble très difficile à étudier. Vous ne pouvez pas l'étudier dans des cellules dans un boîte de pétri. Vous ne pouvez pas l'étudier dans un tube. Vous pouvez seulement l'étudier chez des humains éveillés.” Les chercheurs continuent à chercher d'autres gènes du bégaiement. Le Dr Drayna dit que entre 50 et 70 % des cas de bégaiement ont un composant génétique.
PERSPECTIVES POSSIBLES POUR LE FUTUR (SOUS RESERVES)
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Dans le futur, une thérapie de remplacement d'enzyme ?
Il n'est pas impossible que ces bégaiements répondent au traitement enzymatique, c'est à dire d'injecter au patient un autre enzyme de remplacement. Les traitements pour les maladies métaboliques dont nous avons parlé sont disponibles aujourd'hui. Il pourrait être possible de modifier ces médicaments. "Fondamentalement, vous rendez juste l'enzyme normal au corps," explique Drayna. "La thérapie par enzyme a été montrée comme étant sûre, mais c'est pour un futur éloigné."
Lien entre gènes, prédispostion et thérapies adéquates ?
"Les gens qui sont aidés par un type de thérapie peuvent par exemple être les gens avec les mutations dans un de ces gènes, tandis que les gens qui sont aidés par une autre thérapie sont des gens avec des mutations sur un autre gène que nous avons identifié." dit Drayna. "Pour la première fois, nous pouvons maintenant commencer à nous poser ce genre de question, pourquoi certaines thérapies fonctionnent bien sur certains et pas sur d'autres ?"
COMMENTAIRES...


Le rapport en anglais est disponible et gratuit sur le site de la New England Journal of Medicine, peut-être une traduction dans quelques semaines sur ce blog. Version PDF
Commentaires
franchement merci des infos, olivier on the rock.
carole.
ps: ça roule sinon? ici il neige...
Imagine ce que verrons en 2030...
Y a eu de la neige mais ça tient pas, dans mon coin.
enfn sauf moi qui vient d'avoir de nouvelles commandes mais bon on va pas se plaindre de bosser.
en tout cas, bonne idée ce blog sur la météo...
carole.
P.S : nous, ici, on a pas eu de neige. Frêche a refusé.
Enfin du concret.
Si l'on réflechissait un peu, c'était évident que l'on allait vers une découverte (et certains indices laissaient à penser que Drayna était bien placé dans la course- sauf qu'il n'y a pas de course.
"Tu en fais quelque chose de génétique"
C'est ainsi que j'ai été apostrophée il y a une dizaine d'années à la fin d'un Congrès de la Société de Phoniatrie, où j'avais parlé des dystonies dans le bégaiement et évoqué comme hautement probable cette hypothèse.
Je ne tiens pas une revanche aujourd'hui, ce serait une bien triste revanche.Simplement nul n'est prophète en son pays. Et voilà pourquoi je me suis bien plus interessée à l'imagerie, à la pharmacologie etc...que d'autres
IL y a quelques années, ont a trouvé ce qui donnait la maladie de Friedrich, une terrible maladie des muscles et du cervelet, héreditaire, qui se développe vers les 19 ans.
Les gènes ont été identifiés qui menaient à un défaut de fabrication qui permet le stockage du fer dans les mitochondries (les sujets atteints ont les mitochondries qui "rouillent" littéralement). On comprend bien cette maladie, mais on ne la soigne pas encore bien, car il faut trouver des chélateurs spécifiques etc...
Je pense que pour "les" bégaiements, il en sera de même :
- On va identifier d'autres gènes
- leur combinaison va permettre de comprendre la multiplicités des formes cliniques et des formes associées (subtyping),
- cette identification clinique plus précise va permettre des (je dis des) prises en charge mieux adaptées
- la neuroimagerie permettra de comprendre aussi l'évolution des compensations et des disconnexions
mais cela ne soignera toujours pas le narcissime parental...et c'est ce à quoi sert l'intervention précoce ! à calmer les esprits, rétablir les priorités, dédramatiser etc...
Il y a encore beaucoup à dire sur cette découverte.
Je lis soigneusement la publication de Drayna.
Je suis très admirative...qu'il ait été publié par le New England Journal of Medicine ! C'est une vraie marque de reconnaissance de la communauté scientifique
Bravo à lui.
et maintenant, au travail !
Marie-Claude Monfrais-Pfauwadel
Ces trois premiers gènes, c'est un début, et c'est une bonne nouvelle !! Bien que comme vous dites, un peu attendue.
Si je ne me trompe pas, le rapport qui est en ligne est gratuit. Pourquoi ?
...et seulement 9 pages, ça doit être traduisible, ça...